
Implanté au cœur de l’ancienne cité royale d’Angkor Thom, au sud du Palais royal, occupé sans discontinuité durant plusieurs siècles, le Baphuon est l’un des plus grands édifices religieux du Cambodge ancien. Structure pyramidale à trois étages surmontée de galeries pourtournantes, ce temple-montagne dédié au culte du Linga fut, d’après l’inscription de Sdok Kak Thom, construit au milieu du XIe siècle. Il fut probablement l’un des édifices majeurs autour duquel se structura la ville angkorienne au cours du siècle qui précéda la construction de l’enceinte d’Angkor Thom et de ses cinq portes monumentales.
Son anastylose [1], entreprise par l’archéologue Bernard-Philippe Groslier alors directeur de la Conservation d’Angkor a du être interrompue en 1971 par la guerre. La disparition des archives du chantier en 1975 et l’étendue du champ de dépose en font un des chantiers les plus difficiles de l’espace angkorien.
Depuis 1995, le Baphuon fait l’objet d’un important programme de restauration, dont la maîtrise d’œuvre est confiée à l’École Française d’Extrême-Orient, sur financement du ministère français des Affaires étrangères et européennes, en partenariat avec l’Autorité cambodgienne APSARA. Ce projet est conduit dans le cadre de l’action coordonnée par le Comité international de Coordination pour la sauvegarde d’Angkor.
Le projet vise à consolider les trois étages de la pyramide et à restaurer les éléments de façade caractéristiques que sont les soubassements, galeries et sanctuaires d’axes. Il intègre une dimension nouvelle à Angkor, en envisageant la conservation et la restauration des deux états historiques du monument : le XIe siècle avec la restauration de la pyramide et le XVIe siècle au travers de la conservation de colossale du Bouddha gisant sur le second étage de la façade ouest.
Il s’agit de l’avant-dernière campagne de consolidation qui précède les travaux de la face nord qui seront conduits durant l’hiver 2007/2008. Le visage de la statue du Bouddha couché est en cours de restitution, et son achèvement dans le courant de l’année devrait permettre d’ouvrir un second pavillon d’interprétation du monument à l’intention des visiteurs. Ce programme, le plus ambitieux entrepris à Angkor, a permis la formation aux métiers de la restauration monumentale, d’archéologues, d’architectes, de tailleurs de pierre, de maçons et charpentiers.
Les remontages de maçonneries en cours sur le troisième étage permettront de retrouver en partie la Tour de Bronze que Zhou Daguan, voyageur chinois, aperçut lors de son séjour à Angkor à la fin du XIIIe siècle. L’état historique du monument ne sera pas retrouvé en totalité en raison de sa disparition partielle lors de la grande refonte bouddhique du XVIe siècle. En revanche, les aménagements en cours de réalisation permettront d’observer les principales lignes architecturales du temple shivaîte du XIe siècle, tout en appréciant la monumentalité de la statue construite durant la période post-angkorienne.
En 2006, ce programme s’est vu décerner le Grand Prix de la Fondation Prince Louis de Polignac, sur recommandation de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.

[1] : A l’origine restauration des colonnes avec leurs éléments d’origine dûment identifiés, ce procédé de restauration s’applique aujourd’hui à une méthode de réédification d’un édifice ancien pouvant inclure des démontages préventifs et la mise en oeuvre de consolidation de structures.
