Histoire de l’Ambassade

Localisée au cœur d’un parc de 4,8 hectares qui en fait le plus grand espace vert de la ville, l’Ambassade de France au Cambodge occupe depuis plus de soixante ans le même emplacement. Pour autant, son histoire passionnante n’en est pas moins mouvementée.

JPEG JPEG

De son ouverture...à aujourd’hui.

L’implantation de l’Ambassade de France à Phnom Penh s’inscrit dans l’histoire du domaine français au Cambodge. Le traité franco-khmer du 8 novembre 1949 consacre une « indépendance limitée » du Cambodge et, si la gestion du domaine public cambodgien est désormais assurée par le Gouvernement Royal du Cambodge, ce dernier doit prendre en considération le domaine concédé à la France.
Sur le plan domanial, l’accord du 15 juin 1950 liste l’ensemble des bâtiments sur lesquels l’État français exerce un droit de propriété. Le bâtiment du Haut-commissaire en fait partie mais sa restitution est prévue si le Cambodge devient indépendant. Après l’accession à l’indépendance en 1953, la France doit renoncer à son important patrimoine immobilier mais se verra concéder un vaste terrain pour ériger sa représentation diplomatique qui, en dépit des vicissitudes de l’histoire, s’est maintenue au même emplacement depuis près de 60 ans.

I. 1953 – 1975 : de l’indépendance à la prise du pouvoir par les Khmers Rouges

A la suite des accords de 1953 accordant au Cambodge sa pleine indépendance, le gouvernement khmer demande à la France de lui transférer la propriété de l’Hôtel du Haut-commissaire de la République française, ce bâtiment ayant été construit, en partie, sur des fonds provenant du budget local de l’ancienne fédération indochinoise. Le 19 juillet 1955, un échange de lettres consacre ce transfert avec, en contrepartie, la remise d’un terrain de 4,8 ha destiné à accueillir les locaux de la future représentation diplomatique française. Cet accord concède également le prêt de l’hôtel du gouverneur de Phnom Penh à la représentation française dans l’attente de l’achèvement des travaux de la nouvelle ambassade.
En 1956, alors que la représentation française devient officiellement Ambassade, le Ministère des Finances met en place un programme de 250 millions de francs pour la construction du nouvel ensemble diplomatique français au Cambodge. La même année, un concours d’architecte est organisé à Phnom Penh pour concevoir l’architecture des bâtiments suivants :
-  La résidence du Haut-représentant,
-  Un centre culturel,
-  Les logements des fonctionnaires de la mission et les dépendances.

Le 8 décembre 1956, M. Pierre DUFAU, Prix de Rome en 1938, est choisi comme lauréat du concours à l’unanimité des membres du jury. Architecte et urbaniste, Pierre DUFAU avait été chargé des travaux de reconstruction de la ville d’Amiens après la guerre et sera à la fin des années 60 l’architecte en chef du nouveau Créteil. Le chantier démarre en avril 1958 et s’achève en avril 1961.

JPEG JPEG

Le terrain accueille plusieurs bâtiments en béton armé dont la disposition générale n’a pas changé depuis cette époque.

JPEG JPEG

La résidence, le service culturel et la chancellerie sont tous trois construits selon les canons du style architectural des années 50. Il y a une profusion de colonnades servant de supports à de vastes et pesants toits de tuiles rouges. L’utilisation de la symétrie au caractère ostentatoire est systématique.

Deux logements supplémentaires pour les gardes de sécurité sont construits dans l’Ambassade entre 1964 et 1965. Fin novembre 1971, la mission militaire, historiquement installée au Quartier Beylie, emménage à l’Ambassade et remet ses locaux aux autorités cambodgiennes.

II. 1975 – 1991 : une longue absence

La situation n’évolue plus jusqu’à la prise de Phnom Penh par les Khmers Rouges le 17 avril 1975. L’Ambassade de France est alors la dernière représentation diplomatique à rester ouverte. Elle se transforme en centre de regroupement international où se réfugient responsables de l’ONU, consuls honoraires, correspondants de la presse internationale, expatriés français auxquels se joignent des centaines de Cambodgiens. Au total, la résidence abrite, pendant près de trois semaines, environ un millier de réfugiés. Après l’ultimatum du nouveau régime exigeant la fermeture de notre représentation, des camions évacuent les réfugiés vers la Thaïlande jusqu’au 6 mai. Le père François PONCHAUD, servant d’interprète au vice-consul Jean DYRAC, remet les clés aux autorités khmères rouges. Cet épisode douloureux a inspiré des scènes du film « La déchirure » de Roland JOFFÉ (1984) et surtout le livre de François BIZOT, chercheur de l’Ecole Française d’Extrême-Orient, « Le Portail », publié en 2000 et adapté au cinéma par Régis WARGNIER sous le titre « Le temps des aveux » (2014).

Pendant la période khmère rouge, Phnom Penh est vidé de sa population et l’ambassade sert de centre d’internement.
Après la chute du régime de Pol Pot, en décembre 1978, les habitants de Phnom Penh, de retour dans la capitale, se réinstallent sans tenir compte des titres de propriété datant d’avant 1979. Le nouveau gouvernement de la capitale ne peut alors que constater le fait accompli, incapable d’empêcher cette occupation anarchique de la ville. Le campus diplomatique français est ainsi utilisé, entre 1979 et 1985, comme poste de commandement de l’armée. Puis, de 1986 à 1991, la résidence accueille un orphelinat qui regroupe environ 170 enfants de tous âges.

JPEG JPEG

III. De 1991 à aujourd’hui : la nouvelle ambassade

Après les Accords de Paris du 23 octobre 1991, la France, qui avait rouvert quelque temps auparavant une alliance française, rétablit ses relations diplomatiques avec le Cambodge et nomme un nouvel ambassadeur, Philippe COSTE, chargé de rouvrir l’ambassade. L’ancienne ambassade, très dégradée, n’étant pas utilisable, la représentation diplomatique s’installe temporairement dans un immeuble au croisement des rues 55 et 242 et la résidence de l’ambassadeur dans une villa boulevard Norodom, ancienne résidence du premier secrétaire de l’ambassade d’URSS et devenue depuis le restaurant français haut de gamme Topaze. La décoration intérieure, réalisée par Jean-Claude LECLERC, architecte d’intérieur, sera réutilisé pour la partie privative de la future résidence.

En décembre 1991, une mission chargée de faire le diagnostic technique du patrimoine immobilier occupé par la France avant 1975 propose en effet la reconstruction des bâtiments anciens, dont les fondations, d’une qualité rare, ont parfaitement résisté aux épreuves du temps.

A noter que la France est, avec la Chine, le seul pays à pouvoir récupérer la propriété de son emprise diplomatique. Ce serait là, selon le Prince Norodom RANARRIDH, une faveur accordée par le Cambodge à deux pays amis, la règle générale ayant été la remise en cause systématique des titres de propriété antérieurs à 1975.

L’Ambassade est entièrement réhabilitée entre 1993 et 1996 par le cabinet DUBUS et LOTT. Celui-ci a su, en réutilisant les structures subsistantes des anciens bâtiments, créer un ensemble nouveau, très cohérent et privilégiant un parti esthétique épuré. Le travail de décoration intérieure est imaginé et mis en œuvre par Jean Christophe LECLERC. La réalisation des travaux est à mettre au crédit de FEAL.

Le campus comprend désormais la chancellerie, le service culturel, la section consulaire, le service économique, le service commun de gestion, la mission de coopération de défense, la résidence de l’ambassadeur, des logements pour les policiers français du détachement de sécurité et des chambres de passage.

JPEG JPEG

JPEG

L’inauguration de la nouvelle ambassade a lieu le 18 mars 1996, les locaux ayant été mis en service dès le 12 juillet 1995, en présence de l’Ambassadeur Gildas LE LIDEC qui prend part aux cérémonies religieuses bouddhiques.

JPEG

La chancellerie accueille dans son hall d’entrée une sculpture de Benoît LUYCKX (né en 1955), « Dialogues », réalisée au titre du 1% artistique

JPEG JPEG

La décoration intérieure de la résidence comporte quelques œuvres notables : poignées en bronze de la porte coulissante de la salle à manger, dues au designer Franck EVENOU (né en 1958) ; tapisseries contemporaines de Bram VAN VELDE (1895-1981) et d’Antoni CLAVÉ (1913-2005)

JPEG JPEG

A ce jour, le parc de l’Ambassade constitue toujours l’un des plus grands espaces verts de la ville avec une superficie de 4,5 ha. Il accueille quelques pierres tombales de l’ancien cimetière français de Phnom Penh ainsi que l’un des vantaux de l’ancien portail qui a donné son titre à l’ouvrage de François BIZOT.

JPEG JPEG

IV. Une initiative originale, « l’Ambassade Verte »

L’Ambassade de France participe à l’initiative globale du réseau diplomatique français des « ambassades vertes », projet pilote destiné à réduire l’empreinte carbone de nos implantations diplomatiques, permettant aussi de réaliser des économies sur certaines dépenses. Avec l’appui de l’ONG française GERES, un audit carbone a permis de mettre en place des mesures pour améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments et promouvoir des pratiques écoresponsables chez les agents.

Des investissements ont ainsi été réalisés comme l’installation de panneaux solaires à la Résidence et de lampes basses consommation sur le campus, le remplacement de 63 climatiseurs par des modèles à meilleure performance énergétique ou la réduction du parc de véhicules de service. Grâce à ces mesures, l’Ambassade a réduit ses émissions de gaz à effet de serre de 15% entre 2011 et 2014.

JPEG

Dernière modification : 31/08/2015

Haut de page