Décoration de Mme Pung Chhiv Kek, Présidente de la LICADHO (28/07/2016)

Altesses Royales,
Excellences,
Chère Madame Pung Chhiv Kek, Présidente de la Ligue Cambodgienne pour la Promotion et la Défense des Droits de l’Homme,
Chers collègues du corps diplomatique,

Okhna Pung Kheav Se, Président de la Canadia Bank,

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

Nous sommes réunis ce soir pour vous témoigner, Madame, notre respect et notre admiration. Ardente défenseure des droits de l’Homme et des droits des femmes, vous êtes une figure influente et respectée de la société civile cambodgienne. Je suis donc honoré et heureux de vous remettre les insignes de Chevalier de la Légion d’honneur en présence de votre famille et de vos proches, de membres éminents de la famille Royale, de représentants du corps diplomatique et, bien sûr, de vos collaborateurs de la Licadho. Tous, ont été amenés, j’en suis sûr, à reconnaître en vous les éminentes qualités qui font que la République française a choisi de vous distinguer.

Permettez-moi, comme il est d’usage en ces circonstances, de retracer en quelques mots votre itinéraire, qui épouse en quelque sorte l’histoire récente du Cambodge.

Issue d’une famille francophone et francophile, entretenant des liens étroits avec le Palais Royal, vous étiez sans doute destinée à vous engager. Votre mère a exercé en effet des responsabilités importantes pendant la période du Sangkum et c’est peut-être de cette époque que date votre sensibilité à la défense de la cause des femmes puisque votre mère fut la première femme à siéger à l’Assemblée nationale cambodgienne et est devenue par la suite Ministre de la Santé et des Affaires sociales. Vous aviez donc, si j’ose dire à la spécialiste en hématologie de l’hôpital Saint-Louis que vous êtes, cette fibre dans le sang !

Après votre baccalauréat obtenu au Lycée Descartes, vous débutez des études de médecine en France, à Angers, où vous obtiendrez votre Doctorat. De retour à Phnom Penh, vous exercerez votre métier avant d’être contrainte de vous éloigner à nouveau du Cambodge en raison du contexte de l’époque que nous connaissons tous.

Vous continuerez à entretenir d’étroites relations avec la France à travers votre mari, l’Ambassadeur Galabru, que vous avez accompagné au cours de sa carrière diplomatique. Vous jouerez au cours des années 1980 un rôle déterminant pour contribuer au rapprochement des parties cambodgiennes. Par la mobilisation de votre réseau et grâce à vos talents de médiatrice, vous réussirez, dans ce monde dominé par des hommes à la forte personnalité, à convaincre le Prince Sihanouk et le Premier ministre Hun Sen d’engager le dialogue, seule solution possible au conflit ravageant votre pays depuis tant d’années. Ce seront les premières rencontres de Fère-en-Tardenois en 1987, qui jetteront les bases du processus de paix entériné par les Accords de Paris du 23 octobre 1991, dont nous commémorerons cette année le 25ème anniversaire.

En 1992, à la suite des Accords de Paris, portée par votre fibre humanitaire et humaniste, vous fondez la Ligue cambodgienne de promotion et de défense des droits de l’Homme, la Licadho. Sous votre direction, la Licadho s’impose comme une des principales ONG de défense des droits de l’Homme dans le Royaume, active aussi bien dans l’assistance humanitaire et l’aide médicale aux prisonniers que dans l’observation électorale et la défense des droits fondamentaux. Depuis plus de 20 ans, vous-même et vos équipes, dont je veux ce soir saluer l’action, agissez de manière indépendante et courageuse pour renforcer l’Etat de droit et l’aide aux populations vulnérables. C’est la raison pour laquelle nous sommes à vos côtés, et plus largement aux côtés de la société civile cambodgienne, qui a joué et doit continuer à jouer un rôle clef dans le développement social, économique et démocratique du pays. Je voudrais associer ce soir à cet hommage tous ceux qui s’engagent au nom de ces valeurs, parfois au risque de leur vie. Et en ces temps troublés où la violence et la barbarie se déchainent jour après jour dans le monde, notamment en France, il est bon de garder à l’esprit les propos si justes d’Albert Camus, cités par Romain Gary dans sa préface de l’édition américaine de « La peste » : « Il est des vérités qui valent qu’on meure pour elles, mais aucune qui vaille qu’on tue en leur nom. »

Chère Madame,

Pour conclure, je voudrais souligner que la France a décidé de saluer en vous la femme engagée et soucieuse de son indépendance et de sa liberté, pas seulement parce que vous avez des liens anciens et forts avec notre pays, mais parce que, comme l’a proclamé Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international : « La défense des droits de l’Homme fait partie de l’identité de notre pays et elle est un principe d’action de la diplomatie française. ». C’est le sens qu’il faut donner à cette distinction que je suis chargé de vous remettre.

Madame PUNG Chhiv Kek, au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs qui nous ont été conférés, nous vous faisons Chevalier de la Légion d’Honneur.

Dernière modification : 29/07/2016

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