Décoration de Mme. KIM Sathavy, Juge à la Cour Suprême du Cambodge (10/11/2015)

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Excellence Madame la Ministre de la Culture et des Beaux-Arts,
Excellences Mesdames et Messieurs les Secrétaires d’Etat,
Excellences, membres distingués du Conseil Constitutionnel et de la Cour Suprême,
Chère Madame KIM Sathavy,
Mesdames et messieurs,
Chers amis,

Nous sommes réunis ce soir pour vous témoigner, Madame, notre profond respect et notre sincère admiration. Magistrate parmi les plus éminentes du Royaume et modèle pour plusieurs générations de juristes, c’est un honneur pour moi de vous remettre les insignes de Chevalier de la Légion d’honneur en présence de votre famille, de vos proches et de vos collègues, qui tous, j’en suis sûr, ont été amenés à reconnaître en vous les qualités intellectuelles et morales exceptionnelles qui font que la République française a choisi de vous distinguer.

Permettez-moi, comme il est d’usage, de retracer votre itinéraire, qui se confond en quelque sorte avec l’histoire contemporaine du Cambodge, faite de moments tragiques et de pages plus heureuses.

Après l’obtention du baccalauréat français à Battambang, vous décidez de vous orienter vers des études de droit qui seront brutalement interrompues à la prise du pouvoir par les Khmers Rouges. Cette période douloureuse, vous l’avez retracée dans un beau livre témoignage, « Jeunesse brisée », que vous avez écrit et publié en français, et où s’exprime votre force et votre courage, fils directeurs de votre parcours.

Après avoir repris vos études de droit au Cambodge, au Vietnam et en France, où vous passez notamment par l’École Nationale de la Magistrature à Bordeaux, vous entamez une brillante carrière qui vous mènera aux plus hautes fonctions que vous occupez aujourd’hui. Du Tribunal provincial de Siem Reap au Ministère de la Justice, du Conseil des ministres à l’École Royale de la Magistrature, vous êtes finalement nommée, en 2006, juge à la Cour suprême.

L’exemplarité de votre parcours aurait largement suffi à inspirer les générations suivantes de juristes et de magistrats. Mais, loin de vous limiter à servir de modèle aux jeunes générations, vous avez activement travaillé à l’amélioration de la formation et au renforcement des ressources humaines dans ce domaine, que ce soit au Ministère de la Justice en tant que chargée de la formation des magistrats ou à l’École Royale de la Magistrature où vous avez conduit l’ensemble des programmes de sélection et de formation initiale et continue. Vous avez ainsi joué un rôle primordial dans la reconstruction du système juridique cambodgien sur une longue période.

Je voudrais aussi souligner que vous êtes la première femme à devenir juge à la Cour Suprême du Royaume du Cambodge, belle réussite à l’image de vos efforts continus en vue de l’amélioration de la place des femmes et de leur rôle dans le pays.

Présidente de l’association des femmes du district de Kralanh au début des années 1980, vous êtes également membre de l’Association des fonctionnaires féminins et de l’Association internationale des femmes juges. Dans ce combat également, vous ne vous êtes pas contentée de montrer l’exemple mais vous avez donné de votre temps et de votre énergie pour défendre des valeurs qui vous sont chères.

Parmi celles-ci, et je ne peux que m’en réjouir, la France et son système juridique occupent une place importante. Votre rôle crucial dans la mise sur pied de l’École Royale de la Magistrature, dont vous avez cherché à faire un pendant de notre École Nationale de la Magistrature, témoigne de l’impact que votre expérience bordelaise a eu sur votre vision de la formation des magistrats, vision que vous développerez par la suite en tant que Directrice de l’École de 2002 à 2006.

Votre intégrité et vos compétences feront de vous une interlocutrice de grande qualité pour l’Ambassade de France, accompagnant avec détermination les efforts conjoints du Ministère de la Justice et des pénalistes français dans la rédaction du code pénal cambodgien. C’est donc en toute logique que vous représentez la Cour Suprême du Cambodge auprès de l’Association des hautes juridictions de cassation des pays ayant en partage l’usage du français.

Vous remettre la Légion d’honneur ce soir constitue donc un témoignage de reconnaissance de notre pays pour votre action remarquable en faveur de la promotion de notre système et de notre expertise juridiques. Comme vous le savez, la France reste aux côtés du Cambodge pour l’aider à renforcer l’État de droit, condition nécessaire de son développement politique, économique et social sur le long terme.

Cette distinction est aussi un hommage à votre parcours non seulement de juriste mais de femme qui, se confondant avec les terribles épreuves traversées par votre pays, résume parfaitement le courage, à la fois intellectuel et moral, dont vous avez fait preuve à toutes les étapes de votre vie.

Madame KIM Sathavy, au nom du Président de la République française, nous vous faisons Chevalier dans l’Ordre National de la Légion d’Honneur.

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Dernière modification : 11/11/2015

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