Conférence sur "La France et la mondialisation" à l’IFC (18/03/2015)

Je suis ravi d’être à l’Institut français ce soir. Je voudrais commencer par vous dire quelques mots sur les raisons qui m’ont conduit à choisir le sujet de cette conférence.

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La première raison est tout à fait personnelle et tient à ma propre expérience professionnelle. En effet, il se trouve qu’à deux reprises au cours de ma carrière, j’ai été amené à travailler sur les questions liées à la mondialisation. La première fois, c’était en 1996-1997, lorsque j’étais l’adjoint de ce qu’on appelle le sherpa du Président de la République, c’est-à-dire le collaborateur proche qui prépare les sommets du G7/G8. Ce sherpa, c’était Jean-David Levitte, bien connu ici puisqu’il peut être considéré comme l’un des pères des Accords de Paris sur le Cambodge du 23 octobre 1991. A ce titre, j’ai contribué à la préparation de deux sommets du G7/G8, le premier à Lyon, donc sous présidence française, en 1996, et le second à Denver, l’année suivante, sous présidence américaine. La deuxième fois que j’ai eu à travailler sur ce sujet, c’était en 2002-2003, lorsque la Présidence de la République m’a confié la mission d’organiser le sommet du G8 à Evian.

Peut-être à ce stade un bref rappel pour expliciter le rapport entre le G7/G8 et la mondialisation. Le G7 a été créé en 1975 sur initiative française (c’était à l’époque le président Valéry Giscard d’Estaing) pour permettre aux dirigeants des principaux pays industrialisés de discuter informellement des questions économiques et monétaires dans le contexte de la crise provoquée par la fin du système des changes fixes, c’est-à-dire la parité or/dollar, et par le premier choc pétrolier de 1973. Elargi plus tard à la Russie pour former le G8, il est progressivement devenu une instance de concertation sur la mondialisation sous tous ses aspects.

La deuxième raison de mon choix est évidemment plus importante que mon seul intérêt personnel pour cette question : il s’agit du débat citoyen et politique que suscite la mondialisation. On voit bien, en effet, que la mondialisation suscite presque partout des réactions et des débats. Il n’est que de voir les manifestations, parfois violentes, qui accompagnent la plupart des sommets internationaux, qu’il s’agisse du G7/G8, du G20 ou des réunions de l’Organisation mondiale du commerce. Manifestations qui sont le fait de ce qu’on appelle les mouvements antimondialistes, hostiles à la mondialisation, ou altermondialistes, c’est-à-dire favorables à un autre type de mondialisation.

Il se trouve que le débat français est particulièrement virulent à tel point que la France a parfois la réputation d’être « fâchée avec la mondialisation ». Cette impression est sans doute renforcée par les actions fortement médiatisées d’une organisation altermondialiste comme ATTAC et notamment de l’un de ses fondateurs, José Bové. Au-delà de l’activité des groupes militants, les enquêtes d’opinion montrent aussi régulièrement une certaine méfiance de la population française à l’égard de la mondialisation : d’après les sondages, un tiers seulement des Français en ont une vision positive. La France présente donc un visage pour le moins paradoxal dans la mesure où elle est à la fois un des pays les mieux insérés dans l’économie mondiale et en même temps un de ceux où le rejet de la mondialisation est le plus fort.

Il est intéressant de noter que ce débat ne reflète pas le traditionnel clivage français droite/gauche. La ligne de partage est plus subtile et traverse les familles politiques françaises. C’est que ce débat recoupe en partie des lignes de fracture plus anciennes : nombre de Français, attachés au rôle de l’Etat et à l’Etat-Providence, sont méfiants à l’égard du libéralisme, de l’économie de marché ou du capitalisme qui ont rendu possible la mondialisation. Une partie des reproches qu’ils font à la mondialisation valent aussi à leurs yeux pour la construction européenne.

Mon objectif n’est pas de prendre parti - pour ou contre - dans le débat français. Je voudrais simplement essayer de vous montrer pourquoi et comment la France défend sur la scène internationale une certaine vision de la mondialisation pour que celle-ci bénéficie au plus grand nombre.

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Mais, pour bien poser les termes du débat, il est utile de rappeler brièvement de quoi on parle. En effet, les mots de « mondialisation » ou « globalisation » en anglais, sont très fréquemment utilisés sans que l’on sache toujours avec précision ce qu’ils recouvrent.

Pour faire simple, la mondialisation peut se définir comme l’extension à la quasi-totalité du monde de la circulation des hommes, des marchandises et des idées. Contrairement à ce qu’on croit parfois, il ne s’agit pas d’une nouveauté mais d’un phénomène qui a connu plusieurs vagues dans l’histoire mondiale : on estime généralement que la première vague de mondialisation économique remonte à la période 1890-1914, donc juste avant la première guerre mondiale, mais on pourrait remonter encore plus loin avec les grandes découvertes ou à la formation des empires coloniaux. Le phénomène n’est donc pas nouveau mais il a connu à la fois une extension sans précédent (à tel point que presqu’aucun pays n’y échappe aujourd’hui) et une accélération très forte sous l’effet conjugué de trois facteurs principaux :

  • Premier facteur : la fin de la guerre froide, au début des années 90, avec la fin de l’URSS et du bloc soviétique ;
  • Le deuxième facteur, c’est l’aspiration au développement de grands pays comme la Chine et l’Inde qui comptent 1/3 de la population mondiale à elles deux ;
  • Le troisième facteur, enfin, c’est la révolution technologique, notamment la baisse spectaculaire des coûts des télécommunications.*

La vague actuelle de mondialisation est donc liée à l’échec du communisme et au triomphe du modèle libéral porté par l’Occident et fondé sur la concurrence économique, l’innovation technologique, la démocratie parlementaire.

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Pour aller un peu plus loin dans l’analyse, interrogeons-nous maintenant sur les aspects positifs et négatifs de la mondialisation. Cette analyse se veut aussi objective que possible mais peut-être qu’un Anglo-Saxon ne ferait pas la même et que nous entrons déjà dans une certaine vision française de la mondialisation.

Je commencerai par les aspects positifs.

Le plus visible de ces aspects positifs, c’est sans doute la diffusion de la croissance avec l’ouverture de nouveaux marchés (on pense tout de suite à la Chine et aux autres pays dits émergents). Le commerce mondial a crû beaucoup plus vite que l’économie mondiale à la faveur d’une nouvelle organisation mondiale du travail fondée sur l’optimisation des coûts de production par la segmentation de la chaîne de valeur. Dit plus simplement, les différentes composantes d’un produit sont aujourd’hui fabriquées là où les coûts sont les plus faibles.

Cette insertion dans le commerce international et la croissance qui en a résulté ont eu pour effet de réduire la pauvreté, parfois de manière spectaculaire. Le Cambodge lui-même en a bénéficié depuis plusieurs années avec des investissements étrangers importants dans le secteur textile, qui ont créé quelque 600 000 emplois et contribué à réduire la pauvreté.

Troisième avantage de la mondialisation, cette fois-ci pour les consommateurs : l’importation de produits de consommation courante à bas prix, ce qui est bon pour le budget des ménages et limite les tensions inflationnistes. L’exemple le plus frappant se trouve là encore dans le textile et l’habillement.

Quatrième bénéfice de la mondialisation, lié notamment à la baisse des coûts des communications : la diffusion sans précédent d’informations et l’émergence de ce qu’on appelle « l’économie de la connaissance », liée à la croissance très rapide des services informatiques qui occupent une part croissante dans l’économie mondiale au détriment de la production de biens physiques.

Enfin, je mentionnerai parmi les aspects positifs de la mondialisation l’émergence d’un « village planétaire » ou « village global » pour reprendre l’expression fameuse de Marshall McLuhan. L’apparition d’une conscience planétaire débouche sur une nouvelle manière de percevoir le monde : on parle aujourd’hui de « biens publics mondiaux » pour désigner des biens dont la bonne utilisation ou la préservation sont dans l’intérêt de tous, par exemple le climat. Les jeunes d’aujourd’hui se sentent volontiers « citoyens du monde ».

J’en viens maintenant aux aspects négatifs.

Il y a tout d’abord le sentiment d’une perte de souveraineté et de contrôle du pouvoir politique sur les grands choix économiques, dictés par la loi des marchés. De nos jours, un Etat ne peut plus mener une politique déviant trop de l’orthodoxie telles que définie par le Fonds monétaire international sauf à être immédiatement sanctionné par les marchés financiers (attaques sur sa monnaie, retrait des investissements étrangers etc.). Il devient ainsi de plus en plus difficile de parler d’une politique économique « de droite » ou « de gauche » ; ceci a pour effet de brouiller le jeu politique traditionnel et favorise la montée des extrêmes.

Deuxièmement, la mondialisation a favorisé la croissance très rapide d’un secteur financier largement déconnecté de l’économie réelle (on parle parfois de « finance casino »), ce qui multiplie les risques de crise financière mondiale. L’économie mondiale a connu au cours des 20 dernières années plusieurs épisodes de ce type, la dernière fois en 2008-2009, avec des conséquences sociales et humaines dramatiques dans de nombreux pays. Le monde avait bien sûr connu dans le passé de graves crises financières mais l’intégration de l’économie mondiale fait que les crises se propagent désormais encore plus vite et peuvent être provoquées par des défaillances survenues dans des économies de taille secondaire.

Troisièmement, si la mondialisation a permis de réduire la pauvreté, elle a aussi eu pour effet d’accroître les inégalités entre les pays et les individus, entre ceux qui disposent des ressources, des atouts ou des qualifications pour s’adapter et les autres.

Quatrièmement, la mondialisation provoque une course à la compétitivité entre les pays. La recherche du meilleur coût favorise les pratiques de dumping social, fiscal et environnemental. Elle alimente aussi le phénomène bien connu des délocalisations, avec là aussi des effets sur l’emploi, et pas seulement dans les pays industrialisés. Les entreprises n’hésitent pas en effet à quitter un pays dès qu’elles trouvent de meilleures conditions ailleurs. La Chine, par exemple, devenue « l’usine du monde », est déjà considérée comme trop chère par certains qui investissent en Asie du Sud-Est ou ailleurs pour trouver des coûts inférieurs. Le Cambodge lui-même n’est pas à l’abri de la délocalisation de ses usines textiles.

Cinquièmement, la mondialisation favorise la diffusion rapide et incontrôlée de phénomènes négatifs comme les épidémies ou le crime transnational.

Sixièmement, la mondialisation tend à uniformiser les modes de vie et de consommation et donc à réduire la diversité qui fait la richesse de notre planète. Nous Français sommes très attachés à notre mode de vie, à notre culture, à notre langue et nous ressentons peut-être plus que d’autres cette érosion de la diversité. Mais nous ne sommes pas les seuls.

Enfin, la révolution des technologies de l’information et leur diffusion à l’échelle mondiale incitent à privilégier le temps court, voire l’immédiateté, aux dépens des intérêts de long terme. Notre rapport au temps et à l’espace a ainsi été profondément modifié, avec des conséquences que nous n’avons pas fini de mesurer. Il en résulte pour certains un réel malaise.

Je pourrais ajouter que ce malaise peut être aggravé par le fait que la mondialisation n’est pas en soi porteuse de sens et ne semble pas avoir d’autre finalité qu’elle-même, c’est-à-dire aller toujours plus loin dans la libéralisation des échanges.

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Maintenant que les termes du débat sont posés, je voudrais en venir au cœur de ma présentation qui porte sur la situation et la vision françaises.

Qu’en est-il de la France dans la mondialisation ? Contrairement à un certain nombre d’idées reçues, y compris chez nous, la France est un acteur majeur de la mondialisation et en a tiré de nombreux bénéfices.

La France est un acteur majeur d’abord en raison de la taille de son économie : la 5ème ou la 6ème du monde (au coude à coude avec le Royaume-Uni, selon les années et la méthodologie retenue).

C’est une économie dynamique qui s’est modernisée, notamment sous l’effet de l’unification européenne. Elle dispose de grands groupes industriels ou de services en position de leaders mondiaux dans les secteurs des transports, dont l’aéronautique, de l’énergie, de l’industrie agroalimentaire –assise sur une agriculture puissante- , de la pharmacie, des industries de défense, et bien sûr du luxe. L’économie française bénéficie de plusieurs facteurs favorables : une démographie relativement plus dynamique que celle des autres pays européens ; une capacité d’innovation reposant sur des ingénieurs et des chercheurs de haut niveau ; une main d’œuvre de qualité, l’une des plus productives au monde, contrairement là aussi à beaucoup d’idées reçues. Comme vous le savez, le gouvernement français a pris un certain nombre d’initiatives récemment pour renforcer encore nos atouts dans la mondialisation. C’est le sens des réformes engagées pour renforcer la compétitivité et l’attractivité de l’économie française.

C’est une économie ouverte sur l’extérieur (la moitié du CAC 40, c’est-à-dire les plus grandes entreprises cotées à la bourse de Paris, est possédé par des actionnaires étrangers) et bien insérée dans l’économie mondiale. Même si elle souffre d’un déficit important (bien qu’en réduction récemment), elle est le 6ème exportateur mondial de marchandises, le 4ème exportateur de services. Elle est particulièrement attractive pour les investisseurs étrangers, notamment en raison de la qualité de ses infrastructures énergétiques et de transport.

Après ces rappels sur ce qu’est la mondialisation, sur ses aspects positifs et négatifs, sur la part que la France y prend, je consacrerai la dernière partie de ma présentation à la vision française de ce que devrait être la mondialisation pour être mieux acceptée.

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Premièrement, la mondialisation a besoin d’une gouvernance adaptée pour ne pas se réduire au règne du plus fort. Elle a besoin pour cela d’être maîtrisée et régulée. Quand on parle de maîtrise ou de régulation, il ne s’agit pas d’une démarche antilibérale, mais, comme dans tout jeu, il faut des règles et que celles-ci soient respectées par tous les acteurs. La France, mais c’est vrai aussi de l’Union européenne, est donc particulièrement attachée à la règle de droit et à la définition de normes par les enceintes multilatérales, dont c’est la vocation. Le commerce international doit être régulé par l’Organisation mondiale du commerce. La France est notamment favorable à la définition de normes sociales et environnementales pour ne pas fausser la concurrence.

De manière générale, et ceci est un trait général de sa politique étrangère, la France souhaite accroître la légitimité des enceintes multilatérales : c’est pourquoi elle est favorable à une réforme du Conseil de sécurité des Nations unies pour que sa composition, figée depuis 70 ans, reflète plus fidèlement les nouveaux équilibres mondiaux. J’ai rappelé tout au début de ma présentation que le G7 était à l’origine une initiative française. De même, la France a joué un rôle déterminant, après la crise financière de 2008, pour que le G20, qui regroupait au départ des ministres des finances et des dirigeants de banques centrales, devienne une enceinte de concertation au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement. Le G20 est une enceinte qui se cherche encore mais qui a pour avantage de regrouper les principales économies mondiales, y compris les émergents, et donc de mieux refléter la géographie économique du XXIème siècle.

Deuxièmement, la mondialisation sera d’autant mieux acceptée qu’elle se fait au bénéfice de tous. C’était le slogan du sommet du G7 de Lyon, en 1996, et la France reste fermement attachée à cette conviction.

J’ai dit que la mondialisation avait tendance à creuser les inégalités entre ceux qui peuvent s’adapter et les autres. Il est donc important d’aider les plus pauvres à tirer le meilleur bénéfice possible de la mondialisation des échanges. C’est la raison pour laquelle l’Union européenne accorde depuis 15 ans un accès libre, sans droit de douanes, à tous les produits, sauf les armes, venant des pays les moins avancés, dont le Cambodge fait partie. C’est une des explications du boom de l’industrie textile que connaît le Royaume depuis plusieurs années.

De même, la France plaide pour le maintien d’une aide au développement importante en faveur des plus pauvres et, malgré ses contraintes budgétaires fortes, reste l’un des principaux donateurs mondiaux.

La mondialisation au bénéfice de tous, c’est aussi pour la France la préservation de la diversité, menacée par une certaine uniformisation des modes de vie et de consommation, que j’ai déjà évoquée. C’est dans ce cadre que s’inscrit la promotion de la francophonie - je rappelle que nous sommes en pleine semaine de la langue française et de la francophonie- et plus généralement de la diversité culturelle et linguistique. C’est pourquoi la France avait plaidé pour la convention de l’UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, adoptée en 2005. L’idée qui sous-tend cette vision française, c’est que les biens culturels ne sont pas des marchandises comme les autres et ne doivent donc pas être entièrement soumises à la loi du marché. Pour prendre un seul exemple, celui du cinéma, j’aime beaucoup personnellement les films américains mais j’apprécie aussi de voir des films français, mais aussi venant de tous les autres pays qui ont encore une industrie cinématographique. La Corée, qui est dans une démarche proche de celle de la France, a un cinéma très dynamique et qui rayonne à travers le monde. J’ajoute que c’est ce qui motive le soutien que la France apporte aux cinémas des pays en voie de développement : c’est le cas, notamment au Cambodge.

La mondialisation a eu un profond impact sur la conduite de la politique extérieure, longtemps dominée par les jeux de puissance dans le contexte de la guerre froide. Elle n’a pas fait disparaitre les enjeux fondamentaux de toute diplomatie, la paix ou la guerre, et elle n’a pas amené non plus ce que, un peu naïvement peut-être, certains avaient appelé « la fin de l’histoire », c’est-à-dire le triomphe définitif de l’idéologie libérale sur toutes les autres. L’actualité récente nous montre à quel point la géopolitique structure encore les relations internationales. Le global n’a pas disparaitre le local, bien au contraire.

La mondialisation a toutefois profondément modifié notre perception du monde, qu’il s’agisse des opportunités ou des menaces. Les questions dites globales ont donc pris une importance croissante dans la politique étrangère : il est symptomatique, par exemple, que mon ministre, M. Laurent Fabius, consacre en ce moment la moitié de son agenda à la préparation de la grande conférence sur le climat qui se réunira à Paris en décembre prochain. Je n’imagine pas le ministre des affaires étrangères du général de Gaulle dire la même chose !

En outre, nous devons prendre en compte les nouveaux rapports de force notamment l’émergence de nouvelles puissances, qu’elles soient nationales ou régionales. Depuis quelques années déjà et malgré un contexte budgétaire contraint, la France consacre des moyens supplémentaires au renforcement de sa présence dans les pays émergents, notamment en Asie. C’est particulièrement vrai en Chine et en Inde mais pas seulement. L’ASEAN, avec son marché de plus de 600 millions d’habitants, retient de plus en plus l’attention de nos autorités et c’est une bonne chose.

L’émergence de nouvelles puissances conforte l’analyse française selon laquelle l’équilibre du monde doit reposer sur l’existence de plusieurs pôles, et non sur deux, comme du temps de la guerre froide, et encore moins sur un seul. Le monde multipolaire que la France appelle de ses vœux est en train de naître sous nos yeux, pas forcément de manière harmonieuse ou très lisible. Le monde multipolaire est par définition plus complexe, d’autant que de nouveaux acteurs se sont imposés, qu’il s’agisse d’acteurs non étatiques, comme des organisations terroristes (Al-Qaida) ou des grandes entreprises transnationales qui façonnent notre vie quotidienne (Google, Microsoft…).

La mondialisation nous conduit aussi à accorder une place plus importante que par le passé à ce que Laurent Fabius appelle la diplomatie économique. Il n’est certes pas nouveau que les diplomates défendent les intérêts économiques de leur pays mais cette politique est aujourd’hui plus nettement affirmée comme un des objectifs prioritaires. Il s’agit, au fond, de mettre la politique étrangère au service de notre redressement économique, et notamment celui de notre commerce extérieur. Ceci s’est notamment traduit par une nouvelle organisation administrative : le ministère des affaires étrangères et du développement international, c’est son nouvel intitulé depuis le printemps 2014, s’est vu confier la responsabilité du commerce extérieur et de la promotion de la France comme destination touristique. De manière symptomatique là aussi, toutes ces questions sont désormais traitées par une grande direction générale de la mondialisation, créée il y a quelques années et qui a désormais un portefeuille très large.

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J’ai indiqué, en introduction, pourquoi j’avais choisi de traiter ce sujet. Après m’avoir écouté, vous vous demandez peut-être pourquoi cette conférence s’inscrit dans le cadre de la semaine française que l’ambassade et la chambre de commerce France-Cambodge organisent pour mettre en valeur l’art de vivre français. Vous aurez compris que, dans un monde guetté par l’uniformisation et la standardisation, la France considère que la mondialisation ne sera un succès et ne sera bien vécue par les peuples du monde entier que si elle combine progrès économique et social et préservation des identités, dont l’art de vivre fait partie, tout comme la langue et la culture. Sinon, le risque est grand que les conflits identitaires s’exacerbent et l’actualité montre que ce risque n’est pas du tout théorique.

Cette conférence est donc ma contribution personnelle à la semaine française mais aussi à la semaine de la langue française et de la francophonie.

Enfin, et puisque nous sommes à l’Institut français, je me permets de renvoyer ceux d’entre vous qui souhaiteraient aller plus loin dans la réflexion à la lecture de quelques rapports ou ouvrages qui me paraissent éclairants. Vous y trouverez des ouvrages un peu arides et d’autres, de nature littéraire, comme ceux de l’Académicien français Erik Orsenna, qui illustrent de manière concrète les enjeux de la mondialisation.

Je vous remercie.

Dernière modification : 15/07/2015

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